On a commencé à tracker les prix des circulaires québécoises en mars 2025. 52 semaines plus tard, on a accumulé des milliers de points de données sur 372 produits dans 7 épiceries. Certaines conclusions étaient prévisibles. D’autres nous ont surpris.

Voici les dix découvertes les plus frappantes.


1. Le bœuf haché est en promotion 96 % de l’année

Le bœuf haché mi-maigre a été en spécial dans au moins une épicerie québécoise pendant 50 semaines sur 52. Pas la moitié du temps. 96 % du temps.

Si vous avez payé le prix courant pour du bœuf haché cette année, vous avez probablement manqué une circulaire.

Ce n’est pas un hasard. Les épiceries savent que c’est l’article le plus suivi du panier québécois. C’est lui qui ancre la décision de quel magasin on choisit cette semaine. Résultat : Maxi, IGA, Metro, Super C se relaient pour qu’il ne soit presque jamais à prix plein quelque part.

La fourchette observée : entre $3.99/lb (creux post-Pâques chez Maxi, début avril 2025) et $5.44/lb (prix courant hors promo). Acheter sous $4.50/lb, c’est toujours un bon prix. Payer plus de $5.00/lb, c’est toujours une mauvaise semaine.


2. Metro a vendu du dindon à $0.99/lb, pour un seul jeudi

Le 4 septembre 2025, Metro affichait du dindon entier à $0.99/lb. Ce prix n’a duré qu’un jeudi. Le lendemain, terminé.

C’est le prix le plus bas observé sur une volaille entière dans tout notre corpus. Moins cher que des pilons de poulet. Et c’était intentionnel.

La stratégie du jeudi en spécial chez Metro (et IGA) consiste à créer un rendez-vous. Un prix tellement bas qu’il force le déplacement un jour précis. Une fois en magasin un jeudi, vous remplissez votre panier. Le dindon à $0.99/lb est une perte assumée pour générer du trafic rentable sur le reste des achats.

Si vous ratez ce genre d’offre, c’est parce que vous n’avez pas de système d’alerte. C’est exactement pourquoi ce tracker existe.


3. Trois épiceries ont offert le homard à $7.75/lb exactement la même semaine

Le 15 mai 2025, Metro affichait le homard vivant à $7.75/lb. Provigo aussi, à $7.75/lb. IGA à $7.77/lb (deux cents de plus, probablement une décision d’arrondi).

Cette convergence n’est pas une coïncidence. C’est l’ouverture de la saison de pêche atlantique qui dicte le prix d’achat. Les trois enseignes ont atterri au même endroit parce qu’elles paient le même grossiste, au même moment.

La semaine du 15 mai est systématiquement la meilleure semaine de l’année pour acheter du homard au Québec.

Ce qui est intéressant ici, c’est l’absence de guerre de prix. Sur certains produits saisonniers, les épiceries ne cherchent pas à se battre. Elles s’alignent. Ce n’est pas de la collusion. C’est simplement que le marché du homard de la Gaspésie fonctionne comme une enchère commune à l’ouverture de saison.


4. Les fraises d’hiver sont moins chères que les fraises québécoises

C’est la découverte la plus contre-intuitive. En janvier 2026, les fraises importées (États-Unis, Mexique) se vendaient en moyenne $1.87/lb dans les circulaires québécoises.

En juin 2025, les fraises du Québec (celles qu’on associe à l’été, à l’achat local) se vendaient entre $2.44 et $3.00/L, ce qui revient à plus cher au kilogramme.

Le premium local est réel et mesurable. Les consommateurs paient davantage pour les fraises québécoises, et c’est un choix légitime : goût différent, saisonnalité, économie locale. Mais il faut être lucide : elles ne sont pas moins chères parce qu’elles viennent du Québec. C’est l’inverse.


5. Super C a vendu des avocats à $0.58 l’unité

Le 20 novembre 2025, Super C affichait des avocats à $0.58 l’unité. Le prix habituel : entre $1.44 et $1.97. Réduction effective : 83 %.

C’est le prix le plus bas observé sur n’importe quel fruit dans l’ensemble de notre corpus, toutes semaines confondues.

Ce type de prix n’apparaît pas dans une stratégie planifiée. C’est une liquidation de stock mûr. Super C a la réputation d’être l’épicerie avec les rabais les plus agressifs (30 % de remise moyenne, le plus élevé des sept enseignes suivies), mais ses offres sont imprévisibles par nature. On ne peut pas les anticiper. On peut seulement les attraper au vol.


6. Le maïs du Québec tombe à $0.24 l’épi en plein été

Le 31 juillet 2025, Maxi vendait du maïs québécois à $0.24 l’épi. C’est le prix le plus bas d’un aliment par unité dans toute notre base de données.

Le maïs local est absent des circulaires 44 semaines par an. La fenêtre s’ouvre mi-juillet et se referme début septembre. 8 semaines, pas plus. Pendant cette période, les prix s’effondrent parce que l’offre locale explose et que le maïs ne se conserve pas longtemps frais.

La stratégie optimale est simple : acheter en grande quantité en juillet–août, blanchir et congeler. Un sac de maïs congelé en pleine saison à $0.24/épi, c’est du maïs à $2.50 qu’on ne paie pas en janvier.


7. Le brocoli est 70 % moins cher en octobre qu’en mars

En mars 2025, le brocoli importé (Mexique) se vendait autour de $1.84/couronne dans les circulaires québécoises. Le 2 octobre 2025, Maxi affichait du brocoli québécois à $0.55/couronne.

Même légume, même épicerie, deux prix radicalement différents. L’écart tient à un seul facteur : la provenance saisonnière.

La saisonnalité vaut plus que n’importe quel coupon ou programme de fidélité.

Ce n’est pas juste vrai pour le brocoli. Les pilons de poulet, les avocats, le poulet entier : tous suivent des cycles saisonniers mesurables. Connaître ces cycles, c’est l’avantage que 52 semaines de données nous donnent.


8. Le meilleur prix du filet de porc de l’année est à Noël

Le 25 décembre 2025, Maxi affichait du filet de porc à $2.99/lb, le creux absolu de l’année pour ce produit.

C’est contre-intuitif. On s’attend à ce que les prix montent pendant les Fêtes, pas qu’ils descendent. Mais les épiceries génèrent leur trafic de décembre sur les produits festifs (homard, bûche, fromages). Pour les articles du quotidien comme le porc, elles bradent pour maintenir le volume de paniers.

Le résultat : plusieurs produits de base atteignent leur prix plancher annuel entre le 24 décembre et le 1er janvier. Le calendrier des promotions est souvent l’opposé de ce qu’on attend.


9. Le beurre et les œufs sont restés stables malgré l’inflation mondiale

En 2025, la grippe aviaire a ravagé des élevages aux États-Unis et en Europe. Le prix des œufs a explosé dans plusieurs marchés. Au Québec, les œufs (douzaine) ont fluctué entre $2.99 et $3.77 sur 52 semaines, soit une variation de moins de $0.80 sur un an.

Le beurre Lactantia 454g : entre $4.43 et $4.99 toute l’année. Stable.

C’est la gestion de l’offre québécoise en action. Le système de quotas de production protège les consommateurs des chocs de marché extérieurs. Ce n’est pas parfait (les prix sont plus élevés qu’aux États-Unis en période normale), mais c’est une assurance contre la volatilité. En 2025, cette assurance avait de la valeur.


10. Cinq produits à ne jamais payer à prix plein

Après 52 semaines, certains produits n’ont presque jamais été absents des circulaires :

Pour ces cinq produits, la stratégie est simple : ne jamais acheter quand ce n’est pas en promotion. L’attente maximale avant qu’une promo revienne est de deux à trois semaines. Vous ne manquerez pas de bœuf haché.


Ce que ça change concrètement

Ces découvertes ne sont pas des anecdotes. Ce sont des patterns reproductibles, semaine après semaine, épicerie après épicerie.

Le homard sera moins cher mi-mai 2026 qu’à n’importe quel autre moment de l’année. Le maïs sera à $0.24–$0.39/épi en juillet–août. Le bœuf haché sera en spécial la semaine prochaine, dans au moins un des sept magasins qu’on suit.

Le tracker permet de voir, pour n’importe lequel des 372 produits suivis, où il se situe par rapport à sa moyenne des 12 derniers mois. Un signal vert signifie que le prix actuel est dans le bas de sa fourchette historique. Rouge : attendre.

52 semaines de données, c’est assez pour savoir quand acheter.